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Le tourisme au Sénégal est la deuxième source de devises après la pêche. Il représente actuellement un chiffe d'affaire de 300 milliards de francs FCFA et dans certaines localités il constitue le premier pourvoyeur de revenus. Le SÉNÉGAL dispose d'énormes atouts sur le marché régional et international, mais son industrie touristique connaît des difficultés et le pays doit aussi faire face à la concurrence de nouvelles destinations telles que la Mauritanie ou les îles du Cap-vert.

Histoire d'une destination

Le tourisme étant un concept moderne – le mot tourism et puissance mondial apparaît en Angleterre en 18111–, on ne peut guère assimiler à des touristes les premiers navigateurs et les intrépides explorateurs qui s'aventurèrent tout d'abord dans la contrée, ou du moins le long de ses côtes. Leurs récits, du XVe au XVIIIe siècle, ne manquent pourtant pas d'intérêt2.

À titre d'exemple, on peut mentionner le botaniste français Michel Adanson qui voyage au Sénégal à ses frais de 1748 à 1754 et en rapporte un nombre considérable de descriptions d'espèces animales et végétales, mais y fait également de nombreuses observations géographiques et ethnographiques. C'est à lui que le baobab, emblème du Sénégal, doit son nom, Adansonia digitata. Grâce à Faidherbe, Pinet-Laprade ou Gallieni, et avec la création de l'Afrique-Occidentale française (AOF) en 1895, les infrastructures locales et les moyens de transport s'améliorent. Les premiers colons se concentraient sur les îles (Gorée) et les côtes, mais il est désormais possible de pénétrer à l'intérieur du pays. Alors que la ligne Dakar-Saint-Louis – la première voie ferrée – relie déjà la capitale au nord du pays, la mise en service du chemin de fer du Dakar-Niger ouvre de nouvelles perspectives. De confortables navires relient presque chaque semaine Marseille et Bordeaux au port de Dakar, à Conakry ou à Cotonou. Au début du XXe siècle les transports aériens se banalisent et des autocars sont à présent capables de traverser le désert.

Chasse au Sénégal (gravure de 1890)

Publicité pour le Buffet de la Gare de Kelle vers 1908

Le Touring-Club de France y organise des caravanes et dans les années 1930 un syndicat d'initiative est créé à Dakar. L'AOF devient une destination envisageable, voire une destination à la mode. Les brochures vantent ces paysages neufs, la diversité des peuples – « véritable damier ethnographique » –, la saveur des tams-tams, ainsi qu'une faune abondante à portée de fusil. Un numéro spécial de L'Illustration, consacré à « L'œuvre de la France en Afrique occidentale », décrit en 1936 « l'inexprimable et inépuisable attrait » de cette « nature ardente », inquiétante hier, mais accueillante aujourd'hui. Tout semble devenu facile : « En fait, l'AOF est la banlieue tropicale de l'Europe. »3. Et de citer les propos d'un grand voyageur américain : « Mais votre Afrique c'est tout l'Orient de la Bible. Quelque chose que nous n'avons pas. Quelque chose que l'on n'a pas déjà vu. »

La Seconde Guerre mondiale freine cet engouement, mais, au moment des indépendances, le Sénégal reste le seul pays à vocation touristique de la sous-région. Sa stabilité politique consolide cette position privilégiée. Au début des années 1970 l'État met en place une politique de développement du secteur, matérialisée notamment par la construction de plusieurs établissements hôteliers de grand standing. En 1973 le Club Méditerranée ouvre un premier village de vacances à Cap Skirring. La Casamance innove aussi avec les premiers campements villageois. Séduits par ces nouvelles possibilités en bord de mer, Européens et Américains affluent. Dans les années 1980 le tourisme est porteur d'immenses espoirs et l'on escompte alors le million de visiteurs annuels.

La déception est au rendez-vous, car d'autres destinations apparaissent et le tourisme balnéaire ne détient plus le monopole des motivations. De même que le Sénégal a parfois profité des troubles au Maroc ou en Égypte, il a à son tour été privé de l'une de ses meilleures cartes pendant les quelques années du conflit en Casamance. Cette éclipse a profité indirectement à Saint-Louis qui a connu un véritable boum touristique4 dans les années 1990, profitant d'un engouement croissant pour la découverte de la nature et le tourisme culturel. Pendant que la Casamance perdait 16,9 % d'arrivées entre 1999 et 2000, Saint-Louis accueillait 37,2 % de touristes supplémentaires. Depuis le cessez-le-feu de 2004 la verte contrée a retrouvé le sourire.

Après l'envolée spectaculaire des années 1980, les chiffres du tourisme ont donc marqué le pas. La durée des séjours est courte (à peine 4 jours en moyenne), le taux d'occupation des infrastructures d'hébergement – plus nombreuses – a diminué5 et le taux de retour est particulièrement faible pour le Sénégal. Les visites sont très inégalement réparties dans l'année et concentrées pour l'essentiel sur la façade atlantique. Il est vrai que, faute d'un véritable réseau ferroviaire et de routes en bon état, il n'est pas aisé d'atteindre l'est du pays. Une étude6 couvrant la période 1972-2003 a montré que le Sénégal était considéré comme une destination intermédiaire ou de second choix par les touristes, que les variables relatives aux prix affectaient négativement la demande et que les capacités d'hébergement la favorisaient. En revanche le niveau de revenu des vacanciers ne constituerait pas un facteur déterminant. De fait, en 2006-2007, on a observé une baisse de l'ordre de 15 à 20 % des arrivées pendant la basse saison.

Les professionnels du secteur ont analysé cette situation préoccupante et identifié plusieurs causes7. Par rapport à ses concurrents, le Sénégal est handicapé par une fiscalité élevée, notamment un taux de TVA de 18 %, le seul des pays membres de l'UEMOA à appliquer un tel taux. Le coût des facteurs de production (eau, électricité) a augmenté. Le parc hôtelier a vieilli et la promotion de cette destination, pourtant dotée de nombreux atouts, n'a peut-être pas été suffisante.

Pourtant beaucoup d'efforts ont déjà été faits pour améliorer le réseau routier et désengorger la capitale. Pour rassurer les visiteurs, il était également nécessaire d'assurer leur sécurité et leur tranquillité dans quelques hauts lieux tels que le marché Sandaga de Dakar-Plateau ou le Lac Rose. Sans aller aussi loin que le héros du roman d'Aminata Sow Fall, La Grève des Bàttu8 le gouvernement a cependant annoncé la création d'une police touristique. L'Agence nationale de promotion du tourisme (ANPT) a été lancée en 2004. La première pierre d'un nouvel aéroport, l'aéroport international Blaise Diagne, a été posée en 2007.

L'État espère désormais accueillir 1,5 million de touristes à l'horizon 2010 et 2 millions en 2015, si possible mieux répartis dans le temps et dans l'espace9. Combien sont-ils à présent ? En l'absence d'outils permettant de les comptabiliser, il est difficile d'être précis. C'est pourquoi l'instauration d'un visa d'entrée a été envisagée10. Selon Pape Abdoul Niang, du Syndicat patronat de l’industrie hôtellerie et touristique au Sénégal11, ils seraient aujourd'hui 700 000, mais ce chiffre semble élevé, par comparaison avec les données antérieures12.

Cela dit, si l'on en juge par le site du Ministère du Tourisme – non remis à jour depuis deux ans – la promotion de la destination Sénégal peut certainement encore progresser.

Un tourisme aux multiples facettes

Plages et sports nautiques

Surf près de Dakar

Le séjour type consiste en une semaine de séjour dans un club de vacances ou un hôtel confortable, le plus souvent situé sur la Petite-Côte. Saly figure en tête du palmarès, mais d'autres localités sont également très prisées, telles que Toubab Dialo, M'bour, Somone, Nianing ou Mbodiène.

Plage déserte et falaises à Toubab Dialo (Petite-Côte)

Non loin du centre de Dakar, la pointe des Almadies, Ouakam et sa célèbre vague droite, ou l'île de Ngor comblent les amateurs de sports nautiques, notamment les plongeurs et les surfeurs.

Sur la Grande-Côte, au nord de la capitale, entre le lac Rose et Saint-Louis s'étend une immense plage de sable fin sur près de 200 km, ignorée du tourisme de masse, mais bien connue des concurrents du Rallye Dakar qui la longent en descendant de Mauritanie.

Dans les îles du Sine-Saloum, par exemple à Mar Lodj ou à Niodior, les campements, rudimentaires ou plus luxueux, offrent la quiétude espérée, à peine troublée par les cris d'oiseaux.

L'aéroport de Ziguinchor et celui de Cap Skirring permettent d'arriver directement en Casamance où d'autres lieux de villégiature attendent les amateurs de farniente et de dépaysement, par exemple à Abéné, à l'île de Karabane ou sur la longue plage bordée de filaos de Kafountine.

Tourisme d'affaires

Dakar – et notamment le quartier de Dakar-Plateau – joue pleinement son rôle de capitale et de grande métropole moderne de l'Afrique de l'Ouest. Elle accueille chaque année de nombreux congrès, salons professionnels, colloques universitaires et rencontres panafricaines ou internationales, sans oublier la Biennale de Dakar dédiée à l'art contemporain et le Rallye Dakar. Ce tourisme d'affaires bénéficie d'infrastructures significatives, telles que le Centre international du commerce extérieur du Sénégal (CICES), situé à proximité de l'aéroport international Léopold Sédar Senghor, ou l'hôtel Le Méridien, sur la pointe des Almadies, qui est doté de son propre palais des congrès.

Quoique disposant généralement de peu de temps, les hommes d'affaires et les participants aux diverses manifestations pour profiter de la mer et du soleil, ou consacrer une demi-journée à l'île de Gorée toute proche.

Découverte du patrimoine

Le tourisme culturel constitue l'une des autres motivations du voyageur.

Certes, le climat et les termites n'ayant pas facilité les choses, le Sénégal dispose de peu de vestiges monumentaux d'un passé très lointain.

Cependant les amateurs d'Histoire (voire de préhistoire en l'occurrence), tiennent à visiter les cercles mégalithiques de Wassu, situés à la frontière sénégalo-gambienne.

La Maison Rose à Saint-Louis

En revanche la période coloniale a laissé son empreinte en de multiples endroits. Les hauts lieux en la matière sont l'île de Gorée et Saint-Louis, dont les balcons en fer forgés et les façades aux tons chauds créent une atmosphère au charme certain, même si les travaux de restauration sont loin d'être achevés. On trouve également quelques maisons de style colonial à Rufisque, près de Dakar, et à Ziguinchor, ville de la Casamance.

Si l'on compte aussi se rendre en Mauritanie ou lorsqu'on remonte le fleuve Sénégal, on peut contempler le château démesuré du baron Jacques Roger à Richard-Toll, le fort de Podor et celui de Bakel, voulus par Faidherbe, ou les mosquées omariennes en banco de style soudanais, sur l'île à Morphil.

Parmi les constructions (beaucoup) plus récentes, les cases à impluvium d'Affiniam, d'Enampore ou de Séléki en Casamance sont particulièrement dignes d'intérêt, de même que les maisons à étages en banco de Mlomp, classées par les Monuments historiques. L'île de Karabane associe plages de rêve et vestiges coloniaux.

Quant aux musées, ils se trouvent pour la plupart à Dakar, tel le Musée Théodore Monod d'Art africain, ou à Gorée, par exemple le Musée historique du Sénégal. Les amateurs de tapisseries se rendent aux Manufactures sénégalaises des arts décoratifs de Thiès. L'art contemporain trouve sa place à la Biennale, au Village des Arts et dans les galeries de la capitale, tandis que plusieurs villages casamançais, tels Mlomp, Boucotte Diola ou Diembéring, ont aménagé en plein air de petits musées présentant les traditions diolas.

Selon leurs goûts, les mélomanes se rendent au festival de djembé d'Abéné ou au Festival international de Jazz de Saint-Louis, mais la musique et la danse sont omniprésents dans le pays.

Tourisme de mémoire

L'intérêt pour les lieux chargés d'Histoire, et notamment ceux liés à des événements dramatiques, comme par exemple les plages du Débarquement ou les camps de concentration, a conduit au développement d'un tourisme de mémoire. Au Sénégal ce type de démarche est presque exclusivement concentré sur la commémoration de l'esclavage et l'île de Gorée.

Les premières séquences du film Little Senegal de Rachid Bouchareb montrent ainsi des touristes noirs américains saisis par l'émotion en visitant la Maison des Esclaves. Même si dans l'intervalle les travaux des historiens ont montré que cet édifice, qui a bénéficié de la reconnaissance de l'UNESCO, n'a pas joué dans la traite négrière le rôle de premier plan que lui prête son charismatique et zélé Conservateur, la célèbre bâtisse rose reçoit pourtant près de 500 visiteurs par jour13. Personne (ou presque) ne se rend à Dakar pour la première fois sans sacrifier à l'excursion à Gorée. De nombreuses personnalités ont aussi fait le voyage, tels le président du Sénégal Abdoulaye Wade, son prédécesseur Abdou Diouf, les présidents Bongo, Houphouët-Boigny, Lula, François Mitterrand, Jimmy Carter, Bill Clinton et George Bush14, l'empereur Bokassa Ier, l'impératrice Farah Diba et sa mère, le roi Baudouin et la reine Fabiola, Michel Rocard, Jean Lecanuet, Lionel Jospin, Régis Debray, Roger Garaudy, Harlem Désir, Bettino Craxi, Nelson Mandela, Jesse Jackson, Hillary Clinton et sa fille, Breyten Breytenbach, les chanteurs James Brown et Jimmy Cliff ou encore le pape Jean-Paul II en 1992.

Aux États-Unis des agences proposent aux touristes noirs américains des "Black-History Tours" 15 qui leur permettront d'aller se recueillir sur la terre de leurs ancêtres et de méditer sur leur destin tragique. De fait les touristes américains sont peu nombreux hors de l'île.

Léopold Senghor a sans doute pressenti les retombées d'un tel engouement lorsque, dès 1967, il remercie le Conservateur Joseph Ndiaye pour son éloquence et sa « contribution efficace au développement culturel et touristique du Sénégal »16.

Tourisme religieux

La Grande Mosquée de Touba

Certes le Grand Magal de Touba – qui draine chaque année des milliers de pèlerins musulmans – ne peut guère être considéré comme du tourisme religieux. Cependant de nombreux visiteurs étrangers se rendent également dans la ville sainte pour contempler la Grande Mosquée ou le mausolée de Cheikh Ahmadou Bamba.

Parmi les lieux de pèlerinage catholiques, le sanctuaire Notre-Dame de la Délivrande de Popenguine et le petit séminaire Saint-Joseph de Ngazobil figurent parmi les plus connus. La cathédrale de Dakar, l'église de Fadiouth et surtout l'abbaye de Keur Moussa, célèbre pour ses messes dominicales chantées, accompagnées à la kora, sont très prisées des voyageurs.

Rites d'initiation et cérémonies animistes chez les Diolas de Casamance, chez les Bédiks ou les Bassaris dans le sud-est du pays, suscitent un intérêt grandissant. Les tour opérateurs les proposent parfois dans leurs catalogues, mais les difficultés d'accès et le caractère aléatoire des dates préservent encore ces populations d'incursions trop fréquentes.

La nature : de la chasse à l'écotourisme

Grand cormoran devant une colonie de pélicans blancs et gris (Parc national des oiseaux du Djoudj)

Commerce équitable à Saint-Louis

La période coloniale a probablement encouragé, ou du moins toléré, chez les Occidentaux séjournant en Afrique des comportements prédateurs, qu'il s'agisse de la chasse ou de la collecte d'objets rituels, voire de crânes de griots. L'heure n'était pas encore aux préoccupations environnementales et ces vastes territoires vierges ne semblaient guère vulnérables. Dans l'intervalle une prise de conscience a eu lieu et nombre de touristes sont désormais soucieux d'aligner leurs vacances sur leur démarche à la ville. Ils sont donc fort intéressés par les six parcs nationaux – le Parc national des oiseaux du Djoudj et celui du Niokolo-Koba sont parmi les plus connus – et les nombreuses réserves naturelles que compte le pays. Observer les oiseaux, explorer les bolongs, comprendre l'écosystème de la mangrove, réfléchir sur les effets du réchauffement climatique en pays sahélien, l'érosion du littoral ou l'économie de l'arachide, et le faire éventuellement en compagnie de guides expérimentés, voilà des activités qui l'emportent de plus en plus souvent sur les joies de la baignade ou s'y ajoutent.

Au respect de la nature répond celui des populations. Il ne s'agit plus de porter sur les habitants de ces contrées un regard d'entomologiste, voire d'ethnologue, mais de les connaître en tant qu'êtres humains, de vivre quelques jours dans leurs communautés, tout en sachant que ce séjour participe à l'économie locale. Tourisme équitable, tourisme éthique, tourisme responsable figurent parmi les labels de cette nouvelle forme de découverte, initiée dès les années 1970 en Casamance où les premiers campements villageois autogérés furent créés20. Cette formule séduit tout particulièrement les Français, mais également les Espagnols et quelques Américains.

Si le touriste hypermoderne est attaché aux valeurs et aux responsabilités dont il se sent investi, il n'en apprécie pas moins, comme les autres, les routes en bon état et les hébergements sûrs !